01/12/2016

Bifrost 85: pierre angulaire (et anguleuse)

Bifrost 85
Le prochain dossier du 85ème numéro de Bifrost, à paraître le 26 janvier 2017, est consacré à ma modeste personne.

Les curieux en apprendront beaucoup sur moi et sur ce qui m'a tenu lieu d'existence jusqu'à présent.
Ils pourront également lire ma nouvelle inédite Proscenium.

[mise à jour du 15/12/2016]:
Au sommaire du dossier: une discussion à bâtons rompus entre Olivier Girard et moi, un abécédaire que l'on m'a soumis et auquel j'ai essayé de répondre le plus diligemment possible, une étude sur mon "travail" par l'ami Philou (Philippe Boulier) et enfin la bibliographie concoctée par Alain Sprauel.

Restez à l'écoute.

16/11/2016

Soleil noir


"Je m'ouvrais comme un livre, et elle ne sautait pas une page."

Aux États-Unis, un journaliste, dont le couple bat sérieusement de l'aile, voit le cours de sa vie bouleversé lorsque sa femme, à l'occasion de leur séjour de la dernière chance à Las Vegas, disparaît. L'homme s'ingéniera tant bien que mal à démêler tous les fils de cette disparition, au risque de côtoyer une certaine vision de l'enfer.

Si l'ambiance est moins présente que dans Blue Jay Way, conclusion de la trilogie oblige — le soleil blanc de la Californie a laissé place aux lunes noires de la folie humaine —, Jenny y gagne en efficacité ce qu'il perd — un peu — en atmosphère pure. Une efficacité particulièrement redoutable puisque le roman se dévore d'une traite. Six heures et demie d'une lecture prenante et surtout profonde. Car la noirceur que donne à voir Jenny — Colin n'oublie jamais d'être visuel dans son approche de l'écriture — n'est que le reflet étouffant de ce que nous pouvons être de pire. Et, paradoxalement, de plus limpide aussi. Au bout du compte.

S'il ne me fallait suivre qu'un seul auteur de polar haletant et vertigineux, ce serait celui-là.

Jenny, Fabrice Colin, Sonatine éditions, novembre 2016.

13/11/2016

Treizième en approche

Le Temps de Palanquine paraîtra au Bélial' en mai prochain. Roman de S.-F. ayant pour thème principal le voyage temporel, il sera illustré par Aurélien Police ou Manchu — Olivier Girard n'a pas encore pris sa décision.
Ceux qui me lisent depuis le début — il y en a peut-être encore — ne m'y reconnaîtront pas. La noirceur jusque-là habituelle et sans partage de mes romans a fait place au fantôme bienveillant de ma mère; à son doux sourire. C'est sa vision du monde qui me guide, à présent.
Où qu'elle puisse être, j'espère qu'elle sera fière de moi.

Restez à l'écoute.

18/10/2016

Eleanor Rigby

Aux premières heures de mon site, je postais de temps à autre des digressions. L'une d'elles concernait la publication de ma nouvelle Quelques Grains de riz dans le collectif Rock Stars, en 2003.
Hubert F., qui m'avait déjà écrit à l'époque pour me dire tout le bien qu'il pensait de la chanson Eleanor Rigby, vient de repointer le bout de son nez par l'intermédiaire de mon site en me demandant si j'avais encore trace de l'un de mes propos concernant ce grand titre des Beatles. J'ai essayé de lui répondre comme j'ai pu avec ce que j'avais cru conserver dans mes propres archives. Il m'a répondu diligemment qu'entretemps il avait finalement retrouvé la référence.
J'avais en fait oublié la digression en question, que j'ai moi aussi retrouvée au fond du dossier d'un vieux disque dur externe. J'étais persuadé depuis longtemps qu'elles étaient perdues.
La voici in extenso, et telle que je l'ai écrite à l'époque:

J'ai rencontré Thomas Bauduret lors d'une convention. Je ne sais plus laquelle. Et lorsque, quelques mois plus tard, il m'a proposé de rejoindre les rangs du collectif "Rock Stars", j'ai dit oui, pensant tout de suite aux Beatles, et à une de leurs chansons: "Eleanor Rigby".
"Eleanor Rigby".
Avant même de comprendre, du haut de mes 7 ans, les paroles, dès la première fois que le saphir s'est posé sur le cercle de cire noire, j'ai voyagé avec les violons aux coups d'archet secs, implacables, comme la pauvre vie d'Eleanor. Chaque fois, j'ai attendu les premières notes et ces mots: "Ah! Look at all the lonely people!" Les trois voix de Lennon, McCartney et Harrison entremêlées m'implorant, me demandant de partir avec eux.
Aujourd'hui encore, je les suis. J'ai appris vers l'âge de douze ans ce que la chanson donnait à voir. Cette série d'images qui, même au bout de 35 ans, me fascinent toujours.
En écrivant la nouvelle pour l'anthologie de Bauduret, j'ai aussi compris à quel point la force évocatrice d'"Eleanor Rigby" avait déterminé ma route vers l'écriture.
J'ai vraiment vu, et je vois toujours, le père McKenzie essuyant la terre de ses mains alors qu'il s'éloigne de la tombe de sa paroissienne, Eleanor, qu'il a enterrée seul. Je vois la vieille Eleanor, peu de temps avant sa mort, ramasser le riz dans l'église où a eu lieu un mariage. Et je ne sais toujours pas répondre à la question que pose McCartney, inlassablement: "Tous ces gens solitaires, d'où viennent-ils? Qui sont-ils?"
Tout ce que je sais, c'est que je donnerais cher pour pénétrer rien qu'une fois à l'intérieur de la chanson, si seulement la musique pouvait ressembler à un vrai monde; les sons m'aideraient à marcher dans cet univers; je serais le violoncelle qui, pour mieux souligner l'inanité d'une vie à des millions d'autres pareilles, sa fin inéluctable, tombe comme un couperet en signant une quarte majeure magnifique — "La - Mi" — au moment où McCartney conclut l'enterrement d'Eleanor en disant simplement: "Personne ne fut sauvé." ("No one was saved"). Les images tourbillonneraient. Je serais doué d'empathie jusqu'au plus profond de moi, et je serais présent à l'enterrement, pour réparer cette injustice que je n'ai jamais comprise, honorer pour tout, pour rien, l'existence envolée de ceux qui ne choisissent pas toujours, celle d'une simple femme qui ne méritait pas de mourir seule.
Seule.
"Eleanor Rigby" fait partie de moi.
Et j'ai pu l'écrire, dire enfin aux Beatles que je leur dois ce petit bout d'empathie-là.

Et c'est terminé pour cette digression.

(mercredi 5 mars 2003)
 Hubert F., dans son courriel d'accompagnement, me confie d'ailleurs:

En cherchant dans mes papiers j'ai finalement retrouvé celui pour lequel je vous avais déja contacté, il date de 2003.
Je mesure à quel point je ressens comme vous cette chanson, tout ce que vous dites à son sujet je le ressens et le partage. J'aimerais avoir votre talent pour en parler avec autant de force et d'exactitude.
Quand j'ai entendu cette chanson pour la 1re fois en 1967, j'avais 15ans, c'est comme si une explosion s'était produite en moi; depuis, cette chanson et son univers gigantesque s'est inscrite dans mon coeur, définitivement. Si j'avais votre talent, j'aurais aimé longuement expliquer pourquoi  cette chanson m'a tellement bouleversé, à quel point elle a élargi mon univers, mais je n'ai pas de dons pour les mots. Je pensais que c'était inexprimable, jusquà ce que je tombe sur votre article, qui me prouve le contraire.
C'est vraiment touchant de sa part. Et il ne parle pas si mal non plus d'Eleanor Rigby, au bout du compte. Merci à lui, en tout cas, de m'avoir rappelé ce texte.

Tout cela comme un avant-goût au dossier qui doit m'être consacré dans un prochain Bifrost. Tôt ou tard. Restez à l'écoute.

06/10/2016

Cauchemar martien

Après sa chronique consacrée à Number Nine, mon premier roman paru en 1997, Yossarian critique cette fois Archeur, le second roman que j'ai eu la chance de publier.
Sa première recension avait relevé de la demi-teinte — mais la critique, lorsqu'elle est de bonne foi, ne me dérange jamais, de toute façon. Qui plus est, j'ai beaucoup de respect pour ce très, très grand critique littéraire.
Archeur, à ses yeux, s'en sort mieux.